ARTICLE 16 : "Le sujet controversé de la médication en rééducation comportementale"

Publié le 24 octobre 2025 à 21:36

Le recours à la thérapie médicamenteuse est un sujet vivement controversé dans le milieu de l’éducation et du comportement canin. Alors que certains s'y opposent fermement sans exception aucune, d'autres y ont recours de manière excessive ou systématique.

La médication à visée thérapeutique est souvent mal perçue, en raison de ses effets secondaires potentiels ou d'idées préconçues, et pourtant c'est parfois un « mal » bien nécessaire ! Laisser un chien sans soutien médicamenteux alors qu’il en a réellement besoin, ce n’est pas acceptable éthiquement parlant. Toutefois elle doit être utilisée à bon escient et avec parcimonie.

Quand les problématiques sont lourdes pour le chien, et que malgré la bonne application des recommandations et la mise en place d’une thérapie comportementale rigoureuse, celles-ci perpétuent dans le temps, la question de la médication à toute sa place.

Mais attention, bien qu’elle soit parfois légitime, elle ne sera jamais proposée en première intention, sauf pathologies médicales sous-jacentes.

Les molécules utilisées en pharmacologie et médecine vétérinaire comportementale sont principalement - la SENEGILINE, la FLUOXETINE, la FLUVOXAMINE, la CLOMIPRAMINE et la GABAPENTINE - chacune ayant ses spécificités et propriétés individuelles.

Tocs (troubles obsessionnels compulsifs), phobies sociales, dépression réactionnelle ou syndrome d'anxiété généralisée, syndrome de privation sensorielle, anxiété de séparation ou détresse d'isolement, syndrome Hs-Ha (hypersensibilité/hyperactivité), hypothyroïdie, hyperandrogénie, syndrome rage et autres troubles mentaux ou neurologiques… Nombreuses sont les pathologies physiologiques ou médicales ayant un impact direct et considérable sur le comportement de l'animal. C’est le devoir du coach en comportement canin de passer la main au besoin, et c’est au vétérinaire-comportementaliste de poser un diagnostic officiel et de prescrire un traitement médicamenteux si cela s'avère nécessaire.

La molécule et la posologie doivent être impérativement adaptées au chien - à son âge, à son poids, à son histoire personnelle - et un suivi régulier est indispensable. En fonction du diagnostic et de la marge d'évolution, la prise en charge médicamenteuse sera dans certains cas transitoire, le temps de la phase de rééducation comportementale, dans d'autres cas elle devra être maintenue tout au long de la vie de l'animal.

Encore une fois, c’est une décision que seul un vétérinaire comportementaliste est habilité à prendre. Attention, l'usage de la médication seule n'aura que peu d'impact ! Il est essentiel que la pharmacothérapie soit administrée en parallèle d'un programme de rééducation intensif et cohérent.  

Il est impératif de préciser qu’un éducateur ou coach en comportement canin - sans formation vétérinaire - n’a pas le droit de poser un diagnostic clinique ni de faire une prescription médicale. S'il a le moindre doute, il peut cependant émettre des hypothèses mais il se doit ensuite de référer vers un collègue vétérinaire de confiance et spécialisé en médecine comportementale.

Chacun a son domaine de compétences et la collaboration entre les deux professionnels (coach en comportement canin et vétérinaire comportementaliste) est un élément clé dans la résolution des cas complexes.

La priorité c'est toujours le bilan et l'anamnèse comportementale ne doit jamais être bâclée ! En effet, si un professionnel de l'éducation ou du comportement canin est dans l'incapacité de repérer qu'un chien a besoin d’un accompagnement thérapeutique complémentaire, il risque de passer à côté d’une problématique médicale et les suites pourraient être désastreuses ! Et c'est d'ailleurs pourquoi la formation approfondie et continue est indispensable !

Néanmoins, il faut savoir être raisonnable, pragmatique et nuancé. Par exemple, un jeune chien en bonne santé et issu d’une lignée de travail à qui on n'offrirait aucun moment de qualité ni aucune dépense physique ou mentale, ne devrait pas être sous médication, du moins pas en première intention. Il n'est probablement pas "hyperactif" mais simplement en manque d'activités et/ou en recherche d'attention. Les médicaments ne devraient jamais être un substitut au manque d’éducation, de temps ou d’investissement humain !

Dans un premier temps, il est donc primordial d'agir à la BASE.

Avoir connaissance de l'éthogramme du chien, de son fonctionnement et de ces modes de communication.  Mais aussi combler ses besoins intrinsèques et satisfaire ses patrons moteurs ainsi qu’entamer un protocole de rééducation comportementale avec un professionnel - à jour de ses connaissances – et travaillant en méthodes respectueuses et bienveillantes uniquement.

Si au bout de plusieurs séances, l’évolution est minime ou aléatoire, voire absente, ou encore que les problématiques s’empirent, il est capital pour l'intervenant en comportement canin d'avoir un regard éclairé et objectif sur la situation et de passer le flambeau à un vétérinaire comportementaliste qualifié !

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{COPYRIGHT} Article rédigé par Truffes&Coussinets - Octobre 2025

 

{Image générée par IA}

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